J'avais commencé ce blog, alors que dans ma petite chambre de Leeds, j'avais envie d'ailleurs, et puis finalement c'était pas ailleurs, ça n'était qu'internet, qui en fait, était mon quotidien.
Aujourd'hui, Nancy est à nouveau tout autour de moi, son lot de familiarité et de petits bonheurs bon marché, et Internet n'en fait plus partie. Il y a la radio, les bières aux Frères Bartum et c'est déjà pas mal.
Nous avons donc retrouvé la faculté de droit, avec ses pompeuseries quotidiennes, ses franges, ses chaussures qui claquent à la B.U., ses surnoms, ses chargés de TD qui se la joue, son administration, son Gasser coqueluché. Enfin, tout ce qui constitue le patrimoine commun des étudiants qui s'emmerdent en regardant leur montre.
Hier, alors que Germain grandiloquait en affichant fièrement son ventre plat sous le costard -ah, sa façon bien à lui de mettre la main dans la poche en remisant l'un des pans de sa veste pour qu'on puisse tous s'extasier à l'unisson: putain, il est encore bien foutu quand même Germinou!- une idée m'a soudain jaillie à l'esprit: Est-ce qu'il y avait dans l'amphi, au moins trois personnes qui comprennaient de quoi il était en train de parler? Est-ce que quelqu'un savait ce qu'il notait ?
Mine de rien, cela fait trois ans que je traine mes converses -différentes couleurs, différents moyens de les trouer, mais pourtant fidèles au poste- sur les bancs de l'amphithéâtre et je n'ai pas le souvenir de plus de 5 heures de cours où j'écoutais réellement ce que j'étais en train de noter. Je l'aurai bien mis sur le compte d'un des caprices de mon esprit, qui, quand il est question de sûretés réelles ou de cooptation des membres de l'assemblée générale, à tendance à sereinement partir se ballader vers des collines verdoyantes, des bouteilles de rosées et des conversations imaginaires avec absolument n'importe qui.
Mais, merde, je dois pas être un cas isolé. Absolument incroyable d'ailleurs, ce qui peut se passer pour que nos oreilles guident nos mains sans que nos cerveaux se sentent le moins du monde concerné. Vas y Camarade je te laisse bosser, moi je vais prendre l'apéro.
Mon esprit, en deuxième année, regardait Gasser gesticulé en se demandant pourquoi en tout temps sa mèche restait graisseuse, et en l'imaginant dans le costume des doctorants avec ses petites virgules d'hermine sur les épaules. En première année, je me demandais si Bernie était réellement ivre mort ou si naturellement il parlait comme un pillier de comptoir, en troisième année, je débats avec Anne-Sophie du timbre de la voix de la prof de social. Roselyne Bachelot ou Shirley de Shirley et Dino ?
Et tout cela, ne nous mènera surement pas sur les chemins auréolés de la réussite. C'est pas demain la veille que nos noms rimeront avec excellence, ni même avec acceptable, remarque. Je milite néanmoins, pour que nous soyons associés à un certain dilettantisme. Celui qui nous empêche de pomper tout le monde en lisant des plans interminables en correction de commentaire d'arrêt, celui qui nous retient de poser des questions super précises sur un sujet dont tout le monde se branle ou encore d'aller failloter tout ce qui porte l'appellation "chargé de travaux dirigé" à la Bibliothèque. Celui enfin, qui nous fait qu'à la BU, nous nous abstenous d'éructer quelques "chuuuuuuuuuuuuut", ou de produire de forts claquements de langues pour signifier notre irritation ou un bruyant lâchage de bouquin sur la table pour dire que "ah non, hein, merde je veux bien être sympa, mais allez discutez ailleurs".
Un mot pour conclure ?
"Pouacre".
Ah bon, bah d'accord alors.
vendredi 14 mars 2008
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