vendredi 14 mars 2008

Hé dis Pépé, on a jamais trop su si t'étais bien capitaine !


Il n'y a pas très longtemps mon ancien amoureux a pris le large. Sur un bateau bizarre avec des promesses d'avenir qui ne nous mettaient pas ensemble sur le cadre d'une cheminée. On avez vu dévié nos rêves, mais on s'était bien amusé.
Le monsieur clochard bourré tout petit qui agite toujours un tasse en fer avec des pièces dedans près de la place nous avait dit "salut les amoureux" alors qu'on se disait adieu. C'était le même qui avait commenter mon soutien gorge un jour en terrasse d'un café. Je l'aime bien pourtant, il carrillonne comme un con place stan' et alors, vraiment, tout le monde s'en fout. Un peu comme Le Colonnel, l'épave du Couarail qui beugle à qui veut l'entendre des trucs sur les juifs, les italiens, les arabes et d'autres petits édifices de certitude qu'il s'est érigé dans la tête avec de la bière et sûrement du vin en brique, qu'il aime nous cracher au visage pour nous dire que c'est pas un poivrot, non, c'est un batisseur. Il a une habitude ce garçon, il hurle sous ma fenêtre le mardi soir. Je ne sais pas pourquoi, le Colonnel, ne parle pas, il gueule, il eructe, il voscifère, il braille, même son titubage est bruyant. Ca attire pas tellement l'attention, remarque, c'est juste le bruit de fond du mardi soir.
Il y a aussi ce type, place Maginot qui s'installe devant la banque SNVB et qui exploite le meilleur des filons. Quand, on passe devant lui, tromblons ou beautés, regard angélique, ou visage acnéiques il t'aborde, grand sourire, l'oeil charmeur et à peine aviné et dit "Oh mademoiselle, vous êtes charmante, z'avez pas une petite pièce". Alors, la première fois, connement tu te fais avoir, tu te dis "hihihihihi" et tu lui files un euro, parce que quand même il est vachement sympa. Puis tu passes ton chemin, le sourire aux lèvres, sure que ce matin ça valait le coup de se promener finalement, et que ces petites joies de la vie c'est tout de même géniale, tiens en plus il fait beau, non définitivement c'est une belle jour.."hooooo mademoiselle, vous êtes ravissante, z'auriez pas une petite pièce ?".
Salaud.
Tu te retournes, une fille sourit bêtement et lui file une pièce elle aussi s'est fait couillonnée tiens.
A une époque, j'avais un vélo rose et j'habitais rue de la Commanderie. Je venais à la SNVB, non seulement parce qu'ils gardent mon argent mais aussi parce que le fameux Monsieur il me disait toujours "Attendez je vous garde votre vélo moi, Mademoiselle, y en a pas un qui osera partir avec tant que je serai là." et je trouvais ça rigolo. Alors, on discutait un peu de temps en temps, il m'a expliqué qu'il vivait avec un gonzesse et qu'il bossait pour elle aussi, parce qu'elle était belle dis hé "elle ressemble à Maryline avec 20 ans de plus, non bon, 30".
Et puis, on m'a volé mon vélo devant le Caméo et je suis partie en angleterre.
Quand je suis revenue, la grosse dame blonde de la rue Saint Nicolas qui hurlait sur tout le monde avait disparu. Il y a une rumeur selon laquelle elle se faisait arranger par le colonnel.

Retour et puis la pluie

J'avais commencé ce blog, alors que dans ma petite chambre de Leeds, j'avais envie d'ailleurs, et puis finalement c'était pas ailleurs, ça n'était qu'internet, qui en fait, était mon quotidien.
Aujourd'hui, Nancy est à nouveau tout autour de moi, son lot de familiarité et de petits bonheurs bon marché, et Internet n'en fait plus partie. Il y a la radio, les bières aux Frères Bartum et c'est déjà pas mal.
Nous avons donc retrouvé la faculté de droit, avec ses pompeuseries quotidiennes, ses franges, ses chaussures qui claquent à la B.U., ses surnoms, ses chargés de TD qui se la joue, son administration, son Gasser coqueluché. Enfin, tout ce qui constitue le patrimoine commun des étudiants qui s'emmerdent en regardant leur montre.
Hier, alors que Germain grandiloquait en affichant fièrement son ventre plat sous le costard -ah, sa façon bien à lui de mettre la main dans la poche en remisant l'un des pans de sa veste pour qu'on puisse tous s'extasier à l'unisson: putain, il est encore bien foutu quand même Germinou!- une idée m'a soudain jaillie à l'esprit: Est-ce qu'il y avait dans l'amphi, au moins trois personnes qui comprennaient de quoi il était en train de parler? Est-ce que quelqu'un savait ce qu'il notait ?
Mine de rien, cela fait trois ans que je traine mes converses -différentes couleurs, différents moyens de les trouer, mais pourtant fidèles au poste- sur les bancs de l'amphithéâtre et je n'ai pas le souvenir de plus de 5 heures de cours où j'écoutais réellement ce que j'étais en train de noter. Je l'aurai bien mis sur le compte d'un des caprices de mon esprit, qui, quand il est question de sûretés réelles ou de cooptation des membres de l'assemblée générale, à tendance à sereinement partir se ballader vers des collines verdoyantes, des bouteilles de rosées et des conversations imaginaires avec absolument n'importe qui.
Mais, merde, je dois pas être un cas isolé. Absolument incroyable d'ailleurs, ce qui peut se passer pour que nos oreilles guident nos mains sans que nos cerveaux se sentent le moins du monde concerné. Vas y Camarade je te laisse bosser, moi je vais prendre l'apéro.
Mon esprit, en deuxième année, regardait Gasser gesticulé en se demandant pourquoi en tout temps sa mèche restait graisseuse, et en l'imaginant dans le costume des doctorants avec ses petites virgules d'hermine sur les épaules. En première année, je me demandais si Bernie était réellement ivre mort ou si naturellement il parlait comme un pillier de comptoir, en troisième année, je débats avec Anne-Sophie du timbre de la voix de la prof de social. Roselyne Bachelot ou Shirley de Shirley et Dino ?
Et tout cela, ne nous mènera surement pas sur les chemins auréolés de la réussite. C'est pas demain la veille que nos noms rimeront avec excellence, ni même avec acceptable, remarque. Je milite néanmoins, pour que nous soyons associés à un certain dilettantisme. Celui qui nous empêche de pomper tout le monde en lisant des plans interminables en correction de commentaire d'arrêt, celui qui nous retient de poser des questions super précises sur un sujet dont tout le monde se branle ou encore d'aller failloter tout ce qui porte l'appellation "chargé de travaux dirigé" à la Bibliothèque. Celui enfin, qui nous fait qu'à la BU, nous nous abstenous d'éructer quelques "chuuuuuuuuuuuuut", ou de produire de forts claquements de langues pour signifier notre irritation ou un bruyant lâchage de bouquin sur la table pour dire que "ah non, hein, merde je veux bien être sympa, mais allez discutez ailleurs".

Un mot pour conclure ?
"Pouacre".
Ah bon, bah d'accord alors.

mardi 16 octobre 2007

Que signifie apprivoiser ? C'est une chose trop oubliée dit le Renard ...





Ce n'était encore qu'un endroit comme un autre. Et il n'avait pas besoin de moi, et je n'avais pas besoin de lui. Et ces rues, n'étaient que des rues, ces gens des gens. Il y avait cette curiosité tout de même, un petit peu d'admiration pour leur liberté absolue dans l'aspect, la subtilité des publicités peut-être, puis leur audace avec les Eglises-boîtes de nuit.
Mais ce n'était finalement qu'un attrait touristique, rien n'était à moi. Mes pas n'étaient nulle part. Je ne m'étais assise dans aucune herbe, n'avait raconté ma vie dans aucun café.
Découvrir, regarder, sympathiser, oublier, recommencer. La vie dissolue d'un étudiant Erasmus, a le gout étrange d'une maladie d'Alzheimer, tout est nouveau puisque tout est oublié.
Et puis, j'ai reconnu mon empreinte. Un matin que j'écoutais Lou Reed. Il y a peu Pale Blue eyes, c'était un soir d'Août en rentrant d'une maison du Nord de Nancy, en vélo sous une pluie naissante. Aujourd'hui, c'est mon Ipod proche du vendeur de Smoothie, un matin où je n'avais pas besoin d'écharppe.
Ma madeleine musicale avait reconnu sa nouvelle vie. Elle l'oubliera dans 6 mois.
Si tout pouvait toujours changé et que l'on ne s'oublie pas. Si on pouvait ne pas oublier de penser. Si on pouvait continuer à voir des écureuils courirent sur le campus, avec des feuilles d'automne à leurs trousses. Les écureils ont ils peurent de ces feuilles comme nous craignons la pluie ?
Se réfugient-ils sous des arrêts de bus, en sympathisant dans l'union de l'humanité humide et odorante ? Les écureuils sont ils des cons ? Et pour cette même raison, doit on les aimer ?

Et puis parfois, il y a un trou au fond ...




On aimerait bien pouvoir laisser tout derrière. Tuer ce putain de mythe du Petit Poucet. Quitter ce qui nous a fait, faire comme les grands, se renier. Se dire qu'on a pas aimé dans cette rue, et surtout pas lui, qu'on s'est pas soûler avec elle encore moins sur cette musique, qu'on a pas dit ces mots et surtout pas si mal, qu'on a pas aimer ce film, pas vraiment. Qu'on a pas vécu ici. Qu'on va faire mieux ailleurs. On aimerait bien oublier nos idéaux soixante-huitards, s'inscrire dans une salle de sport, porter du Cerruti, dîner au Costes et être coté en bourse. On a pas l'âge. On est rattrapé, comme des cons, là, dans cette nouvelle rue, devant ce nouveau pavé. Ca doit être aussi pour ça que l'on écrit en Français, qu'on a du mal à abandonner notre langue, nos photos et nos angoisses. Pour ça que l'on est connecté à MSN en permanence, pour cela que l'on a un numéro de téléphone. J'aurai bien aimé ne pas semer de cailloux derrière moi, vivre la grande aventure, la vrai. Indiana Lulu, pourquoi pas, j'ai une tête à chapeau. On s'est dit qu'on pourrait pas, ça doit être vrai.
Alors sans cesse cela défile ... On se rend compte que l'on a oublié de prendre les bonnes photos, au bon moment, et on est obligé de se souvenir.

Apprendre à garder les petits cailloux dans sa poche ...


Pourquoi partir quand on peut rester, regarder scrubs et manger des spaghettis ?
Pourquoi se serrer les genoux sur Ryanair quand on pourrait rouler à vélo ?
Pourquoi regarder un bout de sa vie couler par les yeux quand on pourrait faire la grasse matinée?
Pourquoi vivre ailleurs quand on pourrait rester ?

Pour l'aventure, mon gars, pour l'aventure !
Pour la vie qu'on aura plus, et celle qu'on regrettera,
Pour se souvenir avec regret de ce que l'on détestait,
Pour perdre ses copains, et oublier de s'en refaire ...

Parce qu'on avait peur de devenir vieux, avec ce thé qu'on buvait en regardant la fenêtre, parce que télérama sur la table basse et Duke Ellington en fond ce sera pour plus tard. Avant de vivre comme on l'aime, il faut vivre comme des jeunes. Il faut bourrer son congèl' de pizza, s'hydrater à la bière, et vivre la liberté des sexual intercouses. Shaggy baby.

On avait peur de vieillir à 60 ans, sans avoir eu suffisamment de jeunesse pour devenir adulte, aujourd'hui on sait qu'on aura vécu la désinvolture alcoolisée des enfants qui ont grandit et filent aveuglément vers le destin de leurs parents.
On ne sera pas psychanalisé tout va bien, on aura vécu toutes les étapes que l'on attendait de nous, celles qui forment des êtres accomplis.

Et puis on se sera quand même vachement marré.